Jeune comédien français qui a suivi des stages avec Michel Fau, Cédric Gourmelon et Stanislas Nordey, figures de pointe d'une nouvelle génération de metteurs en scène, et joué dans des troupes de province aux projets ambitieux mais aux ressources financières frôlant le néant, Eric Valentin s'est rendu il y a un peu de deux ans au Maroc dans le but de réaliser un film sur Larache, le village où Jean Genêt a choisi de se faire inhumer. Sa rencontre avec Mounira Bouzid el Alami - qui, dans ce pays où la misère est considérée par les membres des classes aisées comme un fait et non comme un problème ou un scandale, a la singularité de se soucier des démunis - va le faire changer de trajectoire. La dame qui a créé Darna, centre d'initiative citoyenne, situé au cœur de la Médina de Tanger, a en effet proposé à Eric Valentin de prendre les rênes du petit Théâtre de Darna. Les comédiens en sont les enfants des rues. Certains sont nés dans les taudis de cette ville à l'élégance somptueusement délabrée, d'autres viennent des quatre coins du pays avec l'espoir d'arriver à rejoindre une Espagne qu'ils prennent pour le Perou. Sa première tâche fut bien sûr de gagner la confiance de ces enfants généralement stigmatisés qui vivent des trafics les plus divers. Déployant une énergie créatrice que pourraient lui envier de nombreux metteurs en scène reconnus, Eric Valentin a monté avec ses enfants dont il a appris la langue, plusieurs spectacles. L'un évoque l'épidémie de sida, un autre tourne autour du phénomène de la Star ac, un troisième, que nous avons pu voir, a pour thème l'émigration clandestine. La pièce jouée par neuf acteurs, dont une fille, raconte le parcours des enfants d'une même famille, décrit l'école où les gamins se font, à la moindre étourderie, vigoureusement frotter les côtes et surtout décrit à travers une adresse au public faite par un débutant prodige de 14 ans, la machine à rêves que représente l'occident pour ces jeunes damnés de la terre.
L'ironie est que le garçon qui joua quelque temps ce rôle a lui-même réussit aux yeux et à la barbe des représentants de l'ordre à gagner l'Andalousie où ses conditions de vie sont sans doute aussi exécrables qu'elles l'étaient au Maroc Son metteur en scène, qui a du coup dû changer la trame de la pièce, pourtant ne désespère pas de donner aux petits et moins petits dont il a la charge, le désir de rester au pays et d'y construire une vie qui ait parfois un goût de fiesta. Lui manque les moyens, costumes, accessoires, argent, pour être sûr de ne pas devoir lui même abandonner la partie.
© Théâtre Darna 2009. D/YC.