Théâtre Darna

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Dounia Hania

Note d’intentions de mise en scène

Dounia Hania fut le spectacle le plus emblématique de la saison 2005-2006 pour le Théâtre Darna. Reprenant notre travail de réflexion et de création autour du sujet de l’émigration entamé l’année précédente avec Tarik al-Maout, nous avons réécrit la pièce en supprimant certains personnages et en inventant de nouvelles situations.

Outre le parcours d’une famille populaire marocaine, nous avons introduit la notion de racisme, la problématique des Subsahariens, développé les rapports mère/fille et la pression qu’endure cette dernière, resserré le spectacle autour du fantasme et du mensonge renvoyé par l’autre rive. C’est un spectacle qui cherche à déconstruire le rêve, à révéler ses points d’ancrage, à souligner la complexité dans laquelle se retrouve celui qui quittera tout pour un ailleurs, pris entre ses propres contradictions et les attentes de ses proches. En perpétuel questionnement sur les leurres et les causes qui entretiennent le désir de partir, Dounia Hania n’offre aucune réponse, incrimine tout à la fois chacune des parties et dénonce la passivité, les discours fatalistes qui donnent bonne conscience et n’engagent aucun geste tangible.

S’attaquer à ce sujet à Tanger, ancienne ville internationale, soulignait l’ancrage que prenait le Théâtre Darna à tenter de mettre en lumière certains paradoxes de la société marocaine et le lien ambigu entretenu avec l’Europe. Afin de permettre aux acteurs, en premier lieu, d’explorer et de prendre conscience des mécanismes qui mènent à cet improbable départ, en les resituant dans un contexte plus large, culturel, sensible, critique, historique et économique, nous en sommes arrivés à interpeller également le public sur ses comportements face à ce phénomène. A Tanger, c’est par le théâtre que nous proposions de faire tomber l’imposture, dévoilant certaines réalités qui exigeaient des réponses.

Comme pour Tarik al-Maout, le groupe était composé de neuf acteurs, âgés de neuf à dix-huit ans. Sur ces deux créations les réalités des conditions de vie quotidienne de certains acteurs ont régulièrement modifié la distribution, et près d’une vingtaine d’enfants se sont essayés aux différents rôles. Mais nous avons constaté que ces épreuves que constituent le départs de certains acteurs, bien souvent pour les mêmes raisons que celles évoquées dans le spectacle, ont rendu notre approche plus subtile, les enjeux plus clairs et la nécessité de poursuivre le travail plus urgente encore.

Distribution

Aïcha
Abdelhaq B. (16 ans)
Saïd, fils travaillant dans la rue
Abdelkrim R. (15 ans)
La mère / la police européenne
Aïcha C. (16 ans)
Le proviseur / le Chef des policiers
Mohamed B. (17 ans)
Un bon élève / un gardien du port
Tahar D. (16 ans)
Un mauvais élève / l’enfant des rues
Saber R. (12 ans)
L’Institutrice / Mohamed / le malien père
Saïd B. (18 ans)
Un mauvais élève / le Père / le malien fils
Zakaria D. (12 ans)
Le chat / un gardien du port
Zakaria O. (9 ans)

Résumé

1er Tableau : L’école

Les élèves entrent tour à tour dans leur salle de classe. Leur maîtresse, surmenée par la charge de travail et le nombre d’enfants, a fini jour après jour par scinder le groupe en deux et ne travaille plus qu’avec les bons élèves. Les enfants livrés à leur sort deviennent de plus en plus agités ; parmi eux, une jeune fille, Aïcha fait entrer un chaton dans la classe et le cache dans son sac. La maîtresse, découvrant cela, appelle le directeur de l’école qui va pousser l’enfant à prendre la porte. La scène finit par le rappel à l’ordre et à l’autorité des adultes.

2e Tableau : La rue

Un jeune garçon, Saïd, vend des kleenex à la criée. Surgit alors un enfant des rues qui rappelle dans un petit numéro tous les travaux qu’il a effectués dans la rue depuis qu’il y a été jeté. Les deux enfants se retrouvent et parlent chacun de leur parcours : le gamin des rues raconte qu’il n’a plus sa mère, ni son père, qu’il dort seul près du port. Saïd explique qu’il vit avec le reste de sa famille mais que sa mère l’a poussé dans la rue pour augmenter leurs revenus. Ils parlent ensuite de leurs rêves. Le gamin des rues rêve de l’Espagne, h’rig. Mais Saïd veut savoir ce qui lui ferait plaisir ici, au Maroc. Alors, il dévoile une photo sur laquelle apparaît une famille, et raconte ce qu’il ferait avec chacun, père, mère et frère. Mais il est chassé du cadre, par un brusque retour à la réalité, subissant au passage des insultes parce qu’il est d’une autre région du Maroc. Arrive ensuite un ancien voisin de Saïd, Mohamed, qui vit en Espagne et est rentré passer le Ramadan en famille. Il raconte une première fois sa vie à son petit voisin, admiratif, puis confie au public la réalité de son quotidien sur l’autre rive. Il est parti comme un harraga, il n’a jamais pu régulariser sa situation, il vit de petits boulots clandestins, et pour revoir sa famille après cinq années, il a dû revenir comme un harraga dans son propre pays. C’est la fin de son séjour, il ne sait pas s’il va retourner en Espagne, ou rester et dévoiler sa véritable situation à ses proches.

3e Tableau : La famille

Un homme à l’allure spectrale se cache de sa femme pour fumer une pipe de kif en plein Ramadan. Découvert, il va subir les foudres de cette dernière, exaspérée tant par son mari que par ses enfants (Aïcha et Saïd, des deux précédents tableaux) qui, à ses yeux, ne sont bons à rien. Elle porte dans son dos un troisième enfant, nourrisson. Rentrant à son tour, Saïd se voit reprocher de ne pas rapporter suffisamment d’argent. Elle voudrait qu’il émigre, à l’image des voisins, et leur envoie d’Europe de quoi vivre mieux. Quand a sa fille, elle lui ordonne de rester à la maison pour s’occuper de son petit frère car elle doit prendre un travail en zone franche. Elle sort au souk pour pouvoir préparer la rupture du jeûne, son mari s’endort, et les deux enfants restent seuls. Aïcha raconte sa fuite de l’école, Saïd sa rencontre avec le voisin et l’envie qui monte en lui de s’enfuir en Espagne, le fantasme de l’argent facile, une certaine sécurité, et surtout, la valeur qu’il prendrait aux yeux de ses parents. Sa décision est prise, il rejoindra son ami pour tenter sa chance le soir même. Aïcha reste seule. Elle a peur. Pour son frère et pour elle. Sa mère rentre, et apprend que Saïd s’est enfin décidé à partir. Alors qu’heureuse, elle se projette dans ses rêves les plus fous, une dispute éclate entre elle et sa fille, qui refuse d’endosser toutes les taches familiales et d’être enfermée jusqu’au jour de son mariage. Elle revendique ses désirs, par dessus tout, la liberté et à son tour quitte la maison…

4e Tableau : Le port

Devant le port, le gamin des rues explique qu’il va profiter de la rupture du jeûne, au moment où les gardiens relâchent leur attention, pour tenter d’entrer et de se glisser sous une remorque. Arrive Saïd, suivi d’Aïcha, qui a réussi à retrouver son frère. Usant de différentes ruses, ils parviennent jusqu’au mur, et se retrouvent avec deux maliens qui essayaient eux aussi de s’introduire dans le port. Effrayés au départ, les enfants écoutent ensuite le récit de la traversée du désert que cet homme et son fils ont accompli ; la vie quasi sauvage une fois aux portes de l’Europe, dans la forêt, subissant rafles, humiliations et déportation dans le désert. Le Malien demande aux enfants de prendre son fils avec eux. Il a compris qu’il n’avait aucune chance, même s’il arrivait à passer, de rester en Europe. C’est l’heure du couchant. Les quatre enfants mettent leur plan à exécution, mais au moment de passer le grillage, ils se font courser par la police. Le petit Malien et l’enfant de la rue ont réussi à grimper sur le mur. Mais ce dernier, pris de panique, pousse le petit subsaharien qui tombe et se blesse sur le sol. La police européenne débarque à son tour et immobilise le gamin des rues. Déléguant le traitement final aux autorités du pays, elle sort, s’en lavant les mains et fermant les yeux. À l’abri des regards, les policiers emmènent les deux garçons, les frappent et tentent de les dissuader de recommencer. Surgit alors Mohamed, du deuxième tableau, venu au port clandestinement lui aussi pour regagner en Espagne. Il s’interpose en sortant quelques billets, ce qui éloigne les policiers. Puis il s’en prend aux témoins, passifs devant cette injustice, en renvoyant tout le monde à ses responsabilités, à sa peur, à son renoncement… Ils retrouvent ensuite Aïcha et le petit Malien, qui va mieux. Alors qu’Ahmed s’en prend à l’enfant des rues sur son geste et ses insultes, Saïd comprend tout à coup pourquoi Mohamed est ici, qu’il tente, tout comme eux, de passer en Espagne sans passeport, Tous se disputent, sur le rêve, le mensonge, les illusions… ils sont fatigués. Mohamed est comme seul, déconstruisant les artifices, et pleure sur un bonheur qui, quelque soit la terre, lui est encore étranger.

Nous avons été comme des marionnettes / Agités par le fantasme de passer cette muraille / Si l’on sautait ce mur, derrière / Nous trouverions la vie belle, à en mourir / On marcherait entre les cadavres / On passerait de mains en mains entre les mafias qui monnayent les hommes / On continuerait notre course après le rêve.

Assez, de ce qu’il se passe / Assez, nos chaires sont brûlées et nos os brisés / Assez, nous avons pleuré et suffoqué / Nous avons raconté nos blessures et vous n’avez rien compris / Assez, de ces gens qui font semblant d’ignorer et nous donnent des leçons / Assez, car la nuit est si longue que le matin nous aveuglera / Et assez, de continuer de vous expliquer car nous sommes des acteurs cassés / D’’avoir cherché à vous impliquer…

Nous ne sommes que des marionnettes / Ainsi, rangeons les dans leur coffre / Et surtout, continuons tous à dormir / Assez. Partez ceux qui pensaient savoir et qui ne savaient rien / Que ce spectacle ait agi sur vous comme un rêve / Qu’il ait été un miroir, révélateur / Ou bien qu’il vous ait maintenu dans la lâcheté et le renoncement / Mais dans tous les cas, pour vous comme pour nous / Continuons de rêver un peu / Bonne nuit.

Représentations majeures et festivals

Avec Tarik al-Maout, ces deux spectacles indissociables l’un de l’autre ont été représentés une vingtaine de fois à Tanger au Théâtre Darna et ont participé à quelques festivals hors nos murs. Plus de 4000 spectateurs auront assisté à notre travail.

La troupe a été invitée à présenter le spectacle à Tétouan au Festival d’entre deux rives, organisé par le Ministère de la Culture Espagnol, la Région Andalouse et l’association Cardjin.

À Tanger, nous avons participé au Colloque des Migrations (novembre 2005). D’autre part, les Oeuvres sociales de l’Enseignement nous ont permis de jouer au cinéma Mauritania et au cinéma Tarek dans deux quartiers différents de Tanger (mai 2006).

L’Institut français a rendu possible une représentation à Larache (avril 2006), au Festival pour l’Enfance.

Grâce à la collaboration de la Délégation de la Culture de Chefchaouen, nous avons joué notre spectacle et pu passer trois jours dans cette petite ville de montagne (juin 2006). Il existe une vidéo de ce séjour, inoubliable pour les enfants qui ont pu découvrir, pour la plupart, la beauté et les richesses dont regorge la région du Rif.

À Asilah, nous avons participé au Festival international de Théâtre pour enfants et remporté le prix spécial du jury (juillet 2006).


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Affiches
Revue de presse
Mirages et réalité de Tanger (Joshka Schidlow)

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